Jonathan Parisé : « mon plus grand souvenir, c’est le fait de vivre cette aventure  à plusieurs, de la partager… »

Jonathan, racontes-nous vite d’où tu viens ? et qu’est-ce qui te rend si singulier ?
J.P : Tout petit, j’aimais déjà le sport, et j’ai pratiqué le vélo jusqu’au plus haut niveau amateur. J’ai aussi fait mes études dans ce domaine en STAPS à Font-Romeu (dans les Pyrénées), et le concours de Pompier, m’a permis de choisir la région où j’aimerais travailler, les Côtes d’Armor, mon pays d’origine. Je me suis inscrit au Club d’Athlétisme de Paimpol et je me suis pris au jeu. Concernant la course à pied, cela ne fait que 4 ans que je la pratique véritablement, et le fait d’avoir gagné le Trail de 33 km des Landes et Bruyère à ma 1re participation a été une révélation pour me lancer sur des distances plus longues. Ce qui me distingue peut-être légèrement des autres trailers, c’est que j’aime bien analyser tout ce que j’entreprends, pourquoi je le fais, à quoi ça sert, qu’est-ce que ça m’apporte, qu’est-ce que ça produit comme résultats, etc je calcule tout !! De fait, je n’ai pas besoin de coach, je suis mon propre coach, parce que j’adore ça ! Essayer plein de « trucs » différents, et analyser leurs bénéfices ou pas, j’adore, et je pense que c’est sans doute une de mes forces aujourd’hui.

 
Tu as donc déjà un très bon bagage de sportif émérite, quel est ton moteur aujourd’hui ? Qu’est-ce qui te fait avancer ?

J.P : Tout d’abord, je suis en quelque sorte un épicurien, j’aime la nature, j’aime profiter pleinement des paysages, et les courses que je réalise me permettent d’en contempler véritablement de grandioses. J’aime les grands espaces. Ma façon de fonctionner est de me lancer des défis constamment, ça m’oblige à ne jamais (ou presque) refaire la même chose. La diagonale était l’un d’eux, c’est fait (NDLR : avec déjà 2 participations, Jonathan termine 12ème cette année) ! Je vais passer à autre chose.
Participer à certaines courses mythiques, c’est important, mais ce que je retiens, c’est le partage dont j’ai pu profiter avec les miens autour de cet évènement, ma famille, la famille de ma copine, être ensemble vivre les moments avant, pendant et après tous ensemble, c’est plus ça que je retiens. C’est ce qui m’a poussé et me pousse encore.

 

Que peux-tu partager avec les trailers qui veulent tous s’améliorer ?

J.P : Pour moi, il y a beaucoup à échanger sur les pratiques sportives, mais je voudrais leur faire passer qu’il faut être très très patient, il faut d’après moi, varier énormément sa pratique sportive pour apprendre différents efforts au corps, et pour le stimuler en permanence. En ce qui me concerne, je suis monté progressivement en distance, et j’ai aussi beaucoup cherché à me renforcer musculairement. Enfin, pour ne pas se blesser, il ne faut jamais « être à bloc ».
Autre avantage de la course à pied, elle permet de se vider l’esprit, mais aussi de beaucoup réfléchir, et à la fois d’organiser ses idées !

 
Parmi tous les défis donc que tu t’es fixés ces dernières années, lequel t’a laissé le meilleur souvenir ?
J.P : Il est sûr et certain que La Diagonale, j’en suis très fier, mais mon plus grand souvenir, c’est le fait de vivre cette aventure à plusieurs, de la partager, et de partager chaque instant avec nos familles. Cela reste avant tout pour moi, une aventure commune, et un bien-être avec un apport réciproque. Ils semblaient tous contents d’être là, moi, je les sentais tous heureux d’être là, et ils étaient importants pour moi, mon moral, et ma performance globale, même si les 27 heures pour boucler la totalité ont du leur paraître très longues !!! Mais nous avons tous passé la ligne d’arrivée ensemble !!!
Je peux témoigner en tout cas de l’engouement populaire local pour cette épreuve, il y a du monde de folie, partout et à toute heure du jour ou de la nuit, et tes poils se hérissent tellement, les gens crient, t’encouragent, l’organisation te suit…, c’est vraiment « FOU » !

 
Quand on s’aligne sur des courses comme celles auxquelles tu te frottes maintenant, y a-t-il une part d’improvisation, d’intuition, ou tout est cadré, préparé, anticipé ?
J.P : Je dirai que pour tous les gros objectifs, je conçois un plan de course, et qu’il n’y a pas de paramètres plus importants qu’un autre. Que ce soit la préparation physique, le matériel, la nutrition avant/pendant/après, la force morale, etc, TOUT est important, et c’est l’ensemble des choses qui fait la performance, il n’y a PAS QUE la puissance physique. Il faut savoir se ménager aussi des moments de récupération, il faut pouvoir passer de semaines à « juste » 3-4 heures d’entraînement à des semaines à 23 heures de sollicitation physique.
Pour les préparations « extrêmes », l’idée est d’éliminer au maximum l’inconnu et il faut rester humble, car tellement de choses peuvent survenir. Mais quand on a bien travaillé, qu’on a mis toutes les chances de son côté, qu’on parvient à atteindre une forme de sérénité avant le départ et le jour J, c’est déjà une grande satisfaction. Et puis, c’est mon plaisir qui va s’exprimer ensuite, je le fais pour tout ce que ça me procure.

 
Ton calendrier 2019 et/ou 2020 sont-ils déjà bien avancés ? Peux-tu nous en toucher 2 mots ?
J.P : Oui, comme j’ai rejoint la team « Isostar » il y a peu, ce sont essentiellement des courses où la team va se retrouver. Je débute 2019 par un stage à Belle-Île en Mer, ensuite, j’attaquerai par quelques cross, puis le Glazig en février, l’Ecotrail de Paris en mars 2019, et Guerlédan qu’en tant que Breton, il me faut gagner un jour ! L’OTT reste un de mes objectifs principaux, et j’aimerais tenter soit le GRP (Grand Raid des Pyrénées) ou Les Templiers, je ne suis pas encore décidé.

 

Quel est ton environnement aujourd’hui ? Quelles sont tes envies ? Et comment fais-tu pour tout concilier ?
J.P : J’ai intégré l’équipe Isostar de suite après avoir rencontré Tony Moulai, sur le podium de l’Aber Wrach’ où je termine 1er devant lui. Nous nous réunissons régulièrement pour pratiquer ensemble lors de stages ou sur des compétitions comme la Transcanaria (aux Canaries), ou encore le Trail de l’Ardéchois, ou enfin les 3 Jours de Chartreuse. De par nos origines différentes, nous nous apportons mutuellement. Nous sommes à la fois « potes » et « compétiteurs », ces stages en commun sont très enrichissants, il existe vraiment une excellente ambiance entre nous, et nous nous respectons tous les uns, les autres, ce sont véritablement de supers coureurs.
Actuellement, j’ai envie de « course de vitesse », de bagarre au coude à coude, c’est pour ça que je viens ici, et que je m’aligne sur l’Ecotrail de Paris, par exemple aussi. Néanmoins, c’est la famille qui passe en 1er, mon métier dans lequel je pratique beaucoup de sport, ensuite, puis le Trail. Une de mes plus grandes chances, c’est que Claudie, ma compagne pratique également la course à un très bon niveau (NDLR : Claudie Geffroy : Championne de Bretagne de Duathlon), et que nous pouvons ainsi partager des blocs d’entraînements entiers ! Sur les courses de vitesse, elle est « mon assistance », et c’est très important, car je ne m’arrête pas au ravito, ça se joue à tellement peu de choses, qu’il faut absolument rester dans la course !
Pour finir, mon métier de Pompier a cet avantage de me permettre de récupérer des jours de repos derrière des « gardes », que je mets à profit pour mes entraînements.
Mais pour réaliser tout ce que j’ai envie de faire, nous prenons des congés, que nous agrémentons en vacances aussi, autour de la compétition…

 

Comment vois-tu ton avenir ?
J.P : De façon assez naturelle aujourd’hui, je fais les plans d’entraînements de ma copine, qui prépare le 85 K de Madère, mais aussi de plein de monde. A terme, à l’instar de Christophe Mallarde, je me verrais bien « coach ». J’ai déjà les diplômes, il me reste à trouver le temps ! Je m’intéresse surtout à des personnes qui ont des besoins précis et des problématiques à régler, c’est mon côté analysant poussé à l’extrême, j’aime ça !

 
Dans le monde du Sport en général, quelles sont tes idoles ou tes modèles ?
J.P : Dans le Trail, j’aime bien Kilian Jornet pour son côté anti-star ! C’est quelqu’un qui a tout gagné, qui n’a plus rien à prouver, et qui a su rester humble, et simple. J’ai eu la chance de le croiser, et je l’ai senti très proche de la nature. Aujourd’hui, il travaille sur des projets totalement personnels, c’est chouette.
Dans le monde de l’athlétisme, plus généralement, quelqu’un comme Kevin Mayer (Décathlonien français et, champion du monde et olympique), qui allie grande performance et simplicité, me plaît beaucoup.
Dans un domaine qui peut m’intéresser ensuite, côté entraîneurs, des personnes comme Patrick Bringer et Christophe Mallarde, sont très inspirants pour moi ! Quand j’y serai, j’aurai mon style et ma méthode, mais ils m’auront beaucoup inspiré !

 
Pour finir, as-tu un vœu à formuler envers le Glazig et son organisation ?
J.P : Non pas vraiment car c’est un Trail abouti avec une organisation bien rodée.
En revanche, quelques formules sympas commencent à voir le jour ailleurs et sont vraiment très sympa à expérimenter, comme un départ avancé des filles, et il faut combler environ 1 mn au km, pour espérer passer la ligne d’arrivée en même temps qu’elles !!

Une autre idée, un départ décalé ou déporté, ce pourrait être vraiment bien !

Pour l’idée d’accueillir un jour les Championnats de France en Bretagne, Guerlédan s’y prêterait plus. Ce serait différent et très sympa de mettre les moyens pour proposer autre chose au monde du Trail que de la montagne, qui est souvent sélectionnée pour cet évènement, car du coup, le vainqueur a finalement toujours le même « profil » !
Voilà, en tout cas, j’espère que pour toute l’équipe, tout se passe pour le mieux cette année, y’a pas de raisons ! Et, je vous revois très bientôt avec plaisir !